20/12

L’équerre ou le pilon

Publié dans Non classé par Anna-Inés Hennet le 20/12/2012 - 1 commentaire

Le Robin Hoods Garden, cet exemple remarquable du Nouveau Brutalisme Anglais, sera peut-être prochainement rasé. L’occasion pour le site allemand bauwelt.de de revenir avec un diaporama sur ce grand ensemble de 213 logements sociaux, réalisé en 1972 par les architectes anglais Alison et Peter Smithon à Poplar, dans le district londonien de Tower Hamlets. 

Ensemble de 213 logements sociaux, réalisé par Alison et Peter Smithson

La mairie de Tower Hamlets a fait réaliser par les architectes londoniens Horden Cherry Lee architects un masterplan malgré le fait que tous les appartements soient loués et que les habitants s’y trouvent très bien. Ainsi que l’indiquent les informations figurant sur le site des architectes, ce projet en cours depuis 2005 déjà prévoit le remplacement de Robin Hoods Gardens par environ 1700 nouveaux logements sur un terrain de 7 hectares. Pour les habitants, cela signifie qu’ils seront chassés de ce quartier populaire, leur quartier. Pour empêcher cela, la Twentieth Century Society essaie depuis l’automne 2008 de faire figurer l’ensemble sur la liste du Patrimoine. Pour l’instant, sans succès…

L’exemple de la tour Bois-le-Prêtre leur redonnera peut-être espoir. Ce bâtiment réalisé entre 1959 et 1961 par l’architecte français Raymon Lopez dans le 17ème arrondissement à Paris a connu des soucis similaires, bien qu’il n’ait jamais été question qu’il figure au Patrimoine National.

Bien au contraire, l’Agence Nationale pour le Renouvellement Urbain (ANRU), créée en 2003 pour mettre en œuvre les Programmes Nationaux de Rénovation Urbaine (PNRU) avait le plus souvent recours à la démolition du bâti. En 2005 pourtant, l’OPAC lança, dans le cadre du Grand Projet de Renouvellement Urbain de la Porte Pouchet, un concours d’architecture restreint pour « la transformation de la tour Bois-le-Prêtre et des ses conditions d’habitat ».

C’est le trio composé par Frédéric Druot, Anne Lacaton et Philippe Vassal qui a remporté le concours. Leur proposition : ajouter à chaque appartement existant des espaces de vie supplémentaires, comme des jardins d’hiver et des balcons, tout en maintenant en place les occupants. 

Une démolition d’évitée, une surface totale qui est passée de 8 900 m2 à 12 460 m2, un nombre de logements de 96 à 105. Et, au bout du compte, l’équerre d’argent 2011, ce prestigieux prix attribué chaque année par le Moniteur. La réussite de ce projet nous laisse espérer que nous vivons actuellement un demi-tour dans la considération de notre héritage construit. En réaménageant l’existant, le bailleur n’a pas seulement fait une économie substantielle : il a déboursé 11,2 M € à comparer avec les 20 M € qu’aurait coûtés une démolition-reconstruction, il a également assuré à ses locataires une plus-value considérable en matière de qualité d’habitation. Rappelons que les habitants ont pu rester sur place et n’ont pas été obligés de quitter leur quartier d’origine.

Comme l’a commenté Frédéric Edelmann dans le Monde du 7 février 2012 : « Que faut-il dire de plus pour convaincre experts, édiles et promoteurs qu’un tel projet devrait être la norme et non l’exception ? ». Pourvu que cet exemple soit porté à la connaissance des décideurs de l’autre côté de la Manche.

Robin Hood Gardens sera-t-il sauvé ? Une décision est attendue au printemps.

1 commentaire

  1. Marcus Miller

    Vivement la décision !